June Margo

06 juillet 2008

Un train de vie

On s'arrête, les portes s'ouvrent.
Elle rentre, il est déjà là, assis de l'autre côté sur un strapontin.
Instinctivement, elle s'approche.
Les portes se referment, le train se met en marche.
Elle s'assit à côté.
Leurs yeux se rencontrent.
...
Ils n'étaient peut être pas particulièrement beaux, clairs ou éclatants. Mais ils s'étaient parlés. Les iris entrèrent en résonance, les pupilles s'absorbèrent mutuellement d'une noirceur rassurante. En face se trouvait un rêve de compréhension instantanée. Les choses ne devaient pas s'arrêter là. Ces deux là sont faits pour se connaitre.
...
Ce n'est qu'assis que la dimension de cette complicité vint les frapper. Mais ils restèrent de marbre, regardant partout ailleurs que vers l'autre. C'était trop beau. Cette folle idée ne devait être qu'à moi, se dirent-ils.
Impossible
...
En même temps ils fermèrent les yeux, rêvant chacun de cette autre à portée de main. Ils se rappelèrent le regard de cette rencontre, comme le souvenir impalpable qu'ils avaient chéris toute une vie. La perfection de ces moments que leur imagination leur faisait vivre ensemble. Heureux dans l'oubli de leurs fantasmes, leurs épaules se touchèrent, la tête appuyée sur l'autre savourait sans le savoir ce moment de délice que l'instinct leur avait commandé.
...
Le train s'arrêta une dernière fois. D'un même effroi, ils sursautèrent au réel. Vivement ils se regardèrent et se détournèrent aussitôt d'un même rouge embarrassé. Ils ne se dirent rien, par peur de briser le verrou de la normalité. Ils se forcèrent à s'oublier, espérant en même temps de l'autre une invitation à se connaître.
Du même regard vide, ils virent les portes s'ouvrirent avec fatalité.
"Terminus! Tout le monde descend"

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13 mai 2008

Swaziland, neuf lettres noires déchirent le désert sur un panneau désolé. Une route à côté, vide aussi, une voiture, Quelqu’un dedans, les yeux, vides aussi, un grand besoin de dormir. Un tunnel coupe le trop plein de soleil, enfin un peu d’ombre, Quelqu’un voit des tâches de lumière, c’est pas éclairé, les tâches de lumière se changent en fées et multiples farfadets. Ils volètent alentours, curieux sans détours. Des serpents multicolores par terre et un caméléon flashy. On voit une bille de lumière grossir au loin, elle se dilate, rebondit et avale la petite voiture dans sa course effrénée. C’est tout bleu, jaune et brillant à nouveau et ça fait mal aux yeux. Il n’y a plus que des lézards morts d’amis. On regarde le ciel, et on voit, scintillant de métal, un oiseau d’ailes immobiles planer de plus en plus près. Il lâche quelque chose, qui descend doucement au sol et ça va vite. La petite capsule aérodynamique a vite fait de rejoindre Quelqu’un par la route. Dedans une personne, très belle, peut être une femme, elle sourit et fait signe de la main…

 

 

Le noir de la pièce n’empêche pas, cependant, de voir clairement les araignées et leurs toiles maîtres des lieux. Sur le sol empoussiéré plusieurs pieds de bois, quatre de chair. Il fait chaud, il y a une lampe à huile au milieu de la table, une main s’en approche, s’en écarte, se rapproche du visage de son propriétaire à la bouche agitée. En face, calmement sur ses arrières, la belle créature féminine contemple de ses grands yeux impassibles la danse rhétorique de l’Aubergiste.

« Bon d’accord, on l’aspirera mais je pense qu’on pourrait vraiment en faire mieux », répondit-elle enfin.

Les chaises grincent…

 

 

Il fait nuit, l'air est encore torride, ses yeux sont vraiment très beaux. L'inconnue est sur Quelqu'un, on voit très bien les étoiles, briller d'éclats multicolores, à travers ses ailes translucides. Dum! Dum!Dum! Le coeur saute à l'échappée. Les yeux, ces yeux et un sourire en dents de sabre...

 

 

Il fait chaud, les pierres brûlent, le sable, pas mieux, à l'exception de celui où je dormais, mais mon dos n'en est pas trop content. Il y a un arrêt de bus pas loin, tout ce que je veux c'est de l'ombre. Un banc et un petit toit, parfait!

Il fait suffisamment frais pour dormir, trop chaud pour rester éveillé...

 

 

Les chaises grincent toujours. L'Aubergiste porte le masque du reproche. Libellule, en face, ne peut s'empêcher un léger rougissement.

Des insectes de toutes sortes dansent autour de la lampe.

Tut! Tut! Tuuuuuuuuuu...

 

 

uuuuuuuuuuuuuuuuuuut!Le bruit d'un moteur, une odeur polluante, les yeux d'un lézard me font faces.

Je rentre dans le bus.

« Combien pour un ticket? »

Je regarde le conducteur, le conducteur ne me regarde pas.

J'attends...

une minutes...

trente secondes...

dix secondes...

je vais m'asseoir. La porte se ferme dans un soufflement, je m'assieds proche du fond, une place à gauche. Les étoiles se dévoilent peu à peu sur l'indigo rosé du ciel. Il ne fait plus aussi chaud, la fenêtre du bus offre un vent doux à mon visage. On peut dire que le cadre est agréable.

Ah! Voilà un autre arrêt...

 

 

Un petit pas, deux petits pas,

Il y a un lac dans les montagnes.

trois petits pas, quatre petits pas,

Une eau de miroir en deux couleurs.

cinq petits pas, six petits pas,

Une vague tombe, puis s'éloigne.

sept petits pas, huit petits pas,

La pupille s'élargit.

neuf petits pas, dix petits pas.

J'ouvre la porte...

 

 

Trois personnes rentrent. L'une d'elles s'assit à côté de moi. Un manteau en toile cirée, un chapeau profilé, un attaché-case entre les genoux. Il me regarde, l'ombre me cache son visage.

« Marrant ce machin qui vous vole autour. »

Je cherche, je trouve : un insecte inconnu, la carapace luisante, de longues ailes transparentes, plutôt joli.

« Vous allez à l'usine? »

Je réfléchis, « Je ne sais pas ».

Je déchiffre un sourire, puis un léger ricanement sous le chapeau.

« Tout ceux qui ne savent pas vont à l'usine. Au moins pour commencer...C'est dans trois arrêts. Vous n'aurez qu'à suivre les autres...

 

 

Je regarde la machine, elle me regarde. Un sourire denté, le bras s'anime, les yeux roulent. Je débranche. Je ne regarde plus la machine. Elle. Me regarde toujours.

« On danse? »

...

 

 

Nous sommes sept, sous un lampadaire. Les insectes dansent à la lumière, un oiseau, par dessus, les regarde, il attend. Les six autres regardent leur montre, j'attends. On avance, l'un tombe, le deuxième aussi, les autres aussi, moi aussi, dans les sables mouvants. Nous descendons, le désert nous digère, on attend.

Nous sommes rentrés, six hommes en blouse blanche sont là. On sort de la pièce ronde, pour un couloir, puis un énorme hall carré.

A l’accueil.

« Qui êtes-vous ? »

« Quelqu’un »

« Kelkin ? Couloir B, escalier 5, chambre orange…

 

 

Je flotte. Les grêlons tombent, fondent au sol, remontent. Elle est là, me donne la main. Nous montons, au dessus des nuages, le ciel se couvre de débris.

« Ne prenons pas le temps de la chute, allons brûler au soleil…

 

 

La chambre est un cube parfait et vide, la porte se fond avec le mur. Je me mets au milieu, j’attends. Chaque côté de la pièce change du blanc au noir, puis l’image arrive pareille sur chacune des faces. Elle bouge et c’est parti :

Des gens, des paysages, des immeubles, des bureaux, des gens, des objets, des animaux, de la nourriture, des gens, des gens qui travaillent, des gens qui parlent, des gens qui se battent, des gens…

 

 

Elle me regarde, tourne la tête impulsivement. Elle me refait face, les joues un peu rouges et les yeux de côté. Elle me regarde à nouveau. Les yeux hésitent, droite, gauche, droite, haut, bas, droite, gauche. Les paupières s’ouvrent, se ferment, lentement, rapidement. Clin d’œil, clin d’œil, regard, esquive. Ses yeux s’ouvrent, pupille déployée, iris prêt à bondir.

Elle me regarde…

 

 

des gens qui marchent, des gens qui courent, des gens qui dorment, des gens, des gens normaux, des gens pas normaux, des gens paranormaux, des gens…NOIR !...BLANC !

C’est fini. La porte s’ouvre.

Je sors titube-tubant en me frottant les yeux. Je descends le grand escalier tournant en file avec les autres. Les lumières s’éteignent l’une après l’autre. Une fois en bac, tout est noir. Dans l’obscurité un panneau brille :  La Ville

Là bas tout brille. Les néons grillent, les vitrines à l’intérieur noir vertluisent les passants tous de noir vêtus.

Zero Sun Jazz-Bar

Il y a une petite clochette à la porte, une serveuse souhaite « bonsoir » d’un souffle embrumé, un quatuor ganté joue une mélodie sombrement déprimante : ça me plait !

Orange sanguine en tango glacé, ananas givré au sirop de cerise noir, lait arctique au lychee, chocolat en neige…

« Qu’est ce que ça sera ? »

« …miel à bulles aux flocons de myrtille »

Il fait froid. J’enfile la veste, le bonnet et les gants qui étaient sous la table et profite de la musique…

 

 

Un pas, deux pas, on tourne et on avance.

Attention la piste est verglacée

Nous tournons et virevoltons autour du feu de glace, aidés des quelques bzz-bzz de nos ailes de dentelle…

 

 

Je contemple les étoiles fruitées de ma boisson danser aux bulles. Le pianiste engage un solo sur ses touches glaciales, je tape en rythme avec le dessous de verre en sirotant mon nectar pétillant.

Allez à la ruche, septième sous-sol

Pourquoi pas ? Je n’ai rien de mieux à faire et c’est écrit sous le bout de carton…

 

 

Le vieil homme leva sa lanterne bien haut, mais ne vit rien au delà du brouillard de mouches. Il la repose et reprend les rames. Il avança sa barque le plus discrètement possible, en regardant avec patience les gouttelettes retomber sur le lac. C’est alors qu’il entendit ce grognement terrible secouer les terres alentour, les arbres chutaient en un fracas croissant, les animaux fuyaient d’un vacarme galopant, le vieil homme tremble de peur.

Les mouches sont toujours là…


Les rues sont toujours couleur néon-noir, changement de niveau, je suis le panneau-index.

Un grand gouffre.

Je ne vois pas le fond, si il y en a un. Je cherche l’escalier ou quelque chose dans le genre.

Niveau -4 :  trois à descendre.

Je trouve quelque chose dans le genre, je ne saurais pas le décrire.

Niveau -5, rien d’autre pour descendre, je rejoins les rues, un peu plus sombres qu’avant.

Il y a moins de monde, personne pour simplifier. Ne serait-ce cette silhouette là-bas qui, d’une exquise nonchalance, promène son ombre sur les murs. Longue, fine, élancée, peut être me regarde-t-elle.

Je ne peux rien voir d’autre…

 

 

Vert dans le vert. Une promenade dans l’herbe. En parfaits inconnus, nous n’avons pas de secrets. Je l’aime, je la hais, rien de tout cela, bien au contraire. Elle, non l’autre, pas celle là, celle-ci, non elle non plus. Chercher. Pas de pas, pas à pas, on s’éloigne, on s’en va.

Elles sont deux…

 

 

Il fait noir, c’est confortable, je n’ai pas envie de me lever, à côté non plus. A demi éveillé, je me rendors, j’attends, je ne sais pas.

Ça bouge.

Elle n’a pas l’air contente.

« Donne-moi une bonne raison de ne pas te tuer »

Les mots étaient violents, mais elle n’a pas élevé la voix. C’est mieux, j’aurai une mort calme, ça me rassure.

« Une raison de vivre ? Quelle drôle d’idée »

Je sens toujours la lame froide appuyée contre mon cou, ça n’est pas désagréable, j’avais chaud. A califourchon sur mon ventre, son visage s’empourpre légèrement. La position aurait été moins embarrassante si j’avais été un cadavre. Elle s’en échappe avec hâte et va s’asseoir, je ne vois pas où.

J’entends : « On ne bouge pas, j’ai besoin de réfléchir »

Je n’ai pas envie de me lever de toute façon, il fait trop bon sous les couvertures…


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19 mars 2008

Salle d'attente

C'est une pièce assez grande, de blanc immaculée, les chaises assorties adossées au mur. Au centre, cet interminable piste de magazines qui nous narguent comme autant de chemins surs vers l'ennui. Ici personne ne se connait, nous nous imposons le silence et osons à peine aventurer un oeil discret vers notre plus proche voisin.
Le temps passe.
Par moments, une rêveuse, un rêveur vient à rompre l'équilibre, accoudé avec désinvolture à une fenêtre fictive, les yeux pleins d'imaginaire.
Je ne me souviens pas d'un avant, pas d'un après : qui suis je? d'où viens-je? que fais je ici?
Des questions, des questions. Certains font des hypothèses, d'autres y croient. Puis on n'y pense plus. Qu'y a t-il donc après? Une secousse agacée de la tête et nous piochons un magazine, on s'invente une occupation.
Le temps passe.
Et nous l'attendons patiemment, que sa course effrénée prenne fin, si fin il y a, ou si commencement il y a déjà eu.
On pense parfois à ce qui nous attend ou que nous attendons, un goût amer dans la bouche en s'imaginant le changement. Assis sagement, nous nous rêvons immortels. La vie aura peut-être la gentillesse de ne pas exaucer nos souhaits.
En attendant.
Le temps passe...

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16 mars 2008

A moment with eternity

She was beautiful, hauntingly beautiful. Laying around on the bed her unliving body seemed to be the most appealing thing on earth. It was just as if every fractions of minutes and seconds of her afterlife that have passed made her livelier and livelier. At moments I fancied her breathing, shaking me in a wildly pleasurable anguish. For I've never so much wanted to see her awaken before, before I killed her. But yet, I very much know nothing about what her reaction could be. I guess she would send me to hell on the spot. But still, she seems to be enjoying it so much. Look at this smile, I'm shivering at the sight of it, even Mona Lisa's one can't match with such a relaxed perfection. Lips of full red turning to a slight dreamy purple and miraculously shaped. Such a wonderful ghost of a smile, I can't help reaching for it. I was falling for her desperately, I was falling for the endless best kiss in my existence "Oh blissful lips thy taste is heaven itself" feeding me with the combined pleasure of the whole world's existence and even far more. As it ended, for even these eternal moments sadly have an end, still shaking from the intensity of my passion, I dared a glimpse on the angel face of my beloved. Her eyes showed their deep irises of watery blue and dusk orange, staring at me warm and quiet. And there it came, ascending from the heart of a velvet hill of a throat.

"Hello Stranger", I thrilled at the sound of it, my heart pounding fast as this voice seemed too beautiful to belong to this world, then it beat painfully, realizing how odd the situation happened to be. I hardly pronounced,

“Aren't ... aren't you supposed to be dead?”

“Not exactly, I am Death. But it is far from being my favourite name.”

At this moment, I must confess, it went all blurry inside. A sudden vertigo took grasp of me, I struggled to say something appropriate, but neither my mind nor my tongue could get something out of my soundless mouth.

Then she went upon me calmer than I could ever be and slowly whispered down to my ear, “Enough talk for now. Have a rest.”

Softly it went blurrier and blurrier, and hypnotically bound to her lips, my eyes faded away in a snap.

 

 

Awakening. My eyes still closed, I felt wonderful. I was endraped in softness, floating featherly within a plushy dream of a bed. I stretched myself in a sigh, and once again, it felt stunningly wonderful. It was a bit unreal too, like something very important had changed deep inside of me. I then opened my eyes. The Night was out, but I could clearly see inside the room. Through the window, the dawn of the moon was erasing in silver light the last rays of a dying sun. Good Morning in NightWorld. Then, a cat appeared in the frame and swiftly made its way to me. I sat up to hold the black creature in my arms and while cuddling it I became even more aware of how different I felt. I began staring in its staring eyes and caught a look I did not expect in its darkly wide pupil. I wondered for another mirror and stood up to the glass of the open window. Revealed by the moonlight the very face that stroke me in that dreamy sort of memory happened to be mine. All the features were exactly the same, there was no doubt to it, but it felt like something was missing, I was looking at an empty shell. I was beautiful, some might say perfect, but I wasn’t deadly beautiful as I remembered the sleeping angel. The cat climbed to the sill and purred for my hand. I carelessly caressed its head while my eyes irresistibly aimed for the moon and the starlit sky. I do not know how long I could have kept myself in this stance. I lost all sense of time, when all of a sudden, I felt the wind gushing through me in a blow. I breathed it with my eyes closed so I could taste it as an aerial delicacy. But a noise in the back kept me from it, I turned and saw the door open and someone coming out of it. I wore a cold stare as I didn’t feel like seeing anyone. It seemed like the other wasn’t about to talk too. Some quick steps and two hands around my throat and I got strangled down to the bed, where I left this new body lying and motionless. I felt my mind drifting above my head, where I could see the whole scene. The stranger got up breathing hard and looked at my body in an empty gaze. Out the window, the shining eye of the moon was still waving its magic to us. The cat was no longer here, I wondered where it could be. I turned back to the body and felt like I was drawn towards it, I got closer and closer and melted into it as my perceptions went black. For a moment I sensed nothing, I was nothing in nothing, lost in emptiness. Then I imploded and filled every part of my body to the fingertips, all was mine and it was highly enjoyable. A strange feeling cut my thoughts, I was being kissed on the lips. I opened my eyes and met the loving, but surprised, ones of the kisser, where I could see myself in full bloom. I was awakened by now, and all you can say is that it was far from being the end of it.

“Hello Stranger”

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